Des Géants vraiment ? #TOR2017

Récit de course TOR des Géants 2017

Finisher de cette aventure de 339 km et 31.000 m D+, Andrea et moi, pensons avoir vécu plus qu’un Raid, plus qu’une histoire, un voyage … plus encore, un véritable voyage initiatique.

 

Pour comprendre cette histoire il faut remonter à l’origine même qui nous a fait nous inscrire dans cette folle aventure ;

Nous étions pré-inscrits pour participer au tirage au sort pour l’UTMB. Mais, en février, le sort en a voulu autrement ou ni l’un, ni l’autre n’avions été sélectionnés. Alors, nous nous sommes mis à la recherche de courses qui se déroulent dans le début du mois de septembre. Le hasard nous ouvre la page du Tor Des Géants ou finalement un tirage est aussi de rigueur. Mais pour 10 euros la pré-inscription, nous nous sommes lancés sans réfléchir et sans trop y croire. Et, en mars, à notre grande surprise, j’ai été tiré au sort, mais pas Andréa. Le règlement faisant bien les choses, étant de Madagascar, un quota de 2 par pays de résidence, est réservé. Donc, à ce moment la, nous sommes les 2 représentants de Madagascar à être parmi les 760 inscrits à cette course de folie. A noter qu’il y a environ une 100e d’invitations pro, ce qui porte finalement le total des coureurs au départ à 860. C’est un mélange d’euphorie, de scepticisme et d’inconscience qui nous anime. Aucun de nous ne sait réellement ce que représente 330 km mais surtout 24.000 m de Dénivelé +.

 

Pour pimenter un peu notre défi, Andréa qui est en contact avec l’association Free to Run décide que cette course peut être un levier pour mettre en avant cette association et lever des fonds pour leur entreprise au profit des jeunes filles en Afghanistan. L’idée est belle, mais cela rajoute encore plus de responsabilité sur nos épaules. Solliciter de l’aide auprès d’amis pour une course que nous ne sommes même pas certains de pouvoir finir pourrait constituer un double échec pour nous même et pour nos amis. C’est la que nait l’idée que cette aventure est un défi que nous devons réaliser à 2. Le destin nous amène à démarrer cette épreuve à 2, nous l’affronterons à 2 et soit, nous réussissons à 2 soit nous échouons à 2. Mais notre sort est lié. Elle a confiance, alors je lui fais confiance.

Nous décidons de créer un site web et une page Facebook : THEYCOULDBEGIANTS.

C’est plutôt une surprise de voir que cette idée folle, finalement intéresse des gens et que des amis sont prêts à nous soutenir dans cette entreprise, tant financièrement que moralement. C’était plutôt encourageant et surtout c’était une bonne raison de le prendre très au sérieux. Ne pas décevoir etant le 1er objectif.

Ce TOR prend alors une autre dimension. A y regarder de plus prés, on prend conscience que les conditions peuvent être apocalyptique dans le froid, la pluie et la neige, comme chaudes et étouffantes. Pour la dernière, pas de soucis, on a l’habitude sous nos latitudes, mais le froid ; Connaît pas ! Donc, on part à la recherche de témoignages de coureurs des années précédentes pour savoir les conditions, les équipements qu’ils avaient utilisés ou qu’ils auraient aimé avoir. Nos amis, Danny, Daniel, Nathalie, Stéphanie, et l’inoxydable Zinzin nous ont bien aidé pour cela. On a pu établir non seulement une feuille de route mais rétablir la bonne panoplie de vêtement adéquat pour ce type d’aventure. Nos amis de Backcountry nous ont bien aidé pour cela en nous fournissant du Top matériel à des tarifs défiant toute concurrence.

En poursuivant la préparation de notre aventure, les échanges avec participants de cette épreuve, démontrent que la réussite de ce challenge dépendait aussi et surtout d’une assistance dans les différents points de ravitaillement. Une fois de plus cette affaire prend une nouvelle dimension ; ce n’est plus une affaire de couple, mais une affaire de famille. Il a fallu convaincre Anthony et Alan de nous accompagner et nous suivre sur cette semaine de course. On prend conscience que la réussite de cette histoire à 2 dépend de très nombreux facteurs et surtout d’énormément de soutien. Bref, nous avons embarqué sans trop le vouloir au départ, notre famille, nos amis les plus proches, mais aussi des cercles d’amis plus ou moins éloignés…

 

L’histoire démarre dans ce magnifique petit village italien de haute montagne ; Courmayeur. L’équipe est maintenant au complet après être allé chercher Anthony à Genève. Nous sommes vendredi 15 septembre. Un peu de tension est palpable dans l’air. Le village se prépare au couleur du Tor des Géants, les coureurs sont presque tous la mais dans des vêtements « anonymes ». Ils restent malgré tout très reconnaissables. Le temps est magnifique mais les prévisions météos ne sont pas bonnes pour le weekend.

Le samedi (veille du départ) c’est la remise des dossards, des GPS, et sacs jaunes de ravitaillement. Les amis avaient dit de venir de bonne heure pour éviter la queue, mais je crois que le conseil (bison futé) n’était pas respecté par la troupe. Nous avons fait presque 2 heures d’attente pour enfin arriver à la table de contrôle des sacs. Pour éviter de passer trop de temps à tout contrôler, l’organisation procède par tirage au sort des matériels obligatoires qui doivent être sortis. Pour ma part, c’était juste le sac, les crampons pour la glace, et les lampes frontales. Pour Andrea, c’était la même chose avec la réserve alimentaire. Il semble à ce sujet que les 2 snickers qu’elle a montré suffisent à 5 jours de course J .

 

Le dimanche matin, le réveil est plutôt matinal. Bon petit dej avec notre équipe de choc. Derniers préparatifs des sacs de ravitaillements avant de les déposer à l’organisation. Ces sacs nous suivront durant tous nos déplacements de base vie en base vie. Retour à l’hôtel pour mettre nos équipements en vue du départ. Il fait froid (5 degrés, mais le soleil s’est levé). La neige tombée pendant la nuit ne sera plus présente au passage du 1er col à 2.900 m. C’est un soulagement, mais nous décidons de mettre nos sur-pantalons et Goretex car 1 heure d’attente dans le stand de départ par 5-6 degrés, c’est pas ce qu’il y a de plus confortable. Une heure d’attente, c’est long. Nous profitons de faire une petite vidéo de remerciements à tous nos sponsors et soutiens 15 mn avant le départ. Anthony et Alan sont très loin de nous de l’autre coté de la place. On voulait leur témoigner toute notre gratitude d’etre la pour nous à ce moment. Mais bon, on les verra plus tard, mais on ne sait pas dans quel état nous serons.

 

5, 4, 3, 2, 1 … zéro ; c’est parti. Les sauvages sont lâchés. Je dis sauvage car il faut jouer des coudes pour rester dans sa position. Une jeune femme utilise déjà des bâtons devant nous et manque 2, 3 fois d’embrocher un concurrent. Celui-ci lui donne une claque derrière la tête et lui disant des gentils noms d’oiseaux en italien (j’ai pas tout compris ; mais vu l’intonation, c’était assez clair). La personne a compris et finalement rangé ses bâtons. C’est vraiment curieux de voir un sprint sur 4 km alors qu’on part pour 5 jours de course ou 95 % seront marchés.

Pour notre part, on entame le sentier dans la foret dans les 200e à 250e ce qui nous convient car on ne monte pas trop vite, mais la température est déjà la. Le soleil est présent, les montagnes dégagées, l’air est frais mais c’est très agréable. Je revois les vidéos du moment, on a l’air trop heureux d’être enfin dans la course.

Le 1er col arrive relativement vite, je sors le drapeau malgache, mais on ne peut pas s’éterniser car avec le vent, il fait proche de 0° et on est en tee-shirt. Mais c’est dans la boite. On descend rapidement et se faisant la réflexion que ces 1er 1.500 m de D+ ne sont pas passés si facilement. Les jambes bien qu’entrainées correctement n’ont pas l’habitude d’enchainer des montées continues de 2 h. C’est la 1ere alerte de début de course, que nous avons rapidement oublié. La descente, c’est notre point fort. On avance plutot facile, c’est un régal, non seulement pour les sensations, mais pour les yeux. Le cadre est magique. Ces montages qui nous entourent sont si belles, si grandes, que nous sommes ramenés à une dimension insignifiante à coté.

L’arrivée à la Thuile 18 km est dans les temps que nous avions programmés. Les sensations sont plus que bonnes. Les garçons sont la, mais nous ne les avons pas vu. On ne s’attarde pas trop au Ravito. Plein d’eau, un peu de jambon, fromage, fruits secs et c’est reparti pour le 2e col à 2.900 m de la journée.

Les sensations sont toujours bonnes, mais on sent qu’il faut baisser le rythme pour ne pas consommer trop d’énergie. La sensation lors du 1er col se confirme. C’est très difficile d’enchainer un tel dénivelé à la suite. On prend conscience que ce TOR ne sera pas une partie de rigolade sur tout le parcours. Un petit refuge-ravito (Promoud) juste avant le col est le bien venu pour une soupe et un petit temps d ‘arrêt. Ca fait du bien car il nous reste près de 1.000 D+ pour passer le 3e col de la journée. Comme prévu ce 3e col passe plutôt bien, mais la descente qui suit laisse penser que nous avons usé nos corps bien plus tôt que prévu. La descente jusqu’à Planaval commence à tirer sur les jambes et le long faux-plat montant jusqu’à Valgrisenche-Bonne est interminable.

Nous sommes accueillis par notre équipe de choc à la base vie. La c’est un plaisir, car ils s’occupent de tout. Changer nos batteries, chercher nos repas, prendre nos sacs, préparer le petit sac de vêtements prévu à ce poste. Bref, c’est un vrai bonheur de les voir, car on sait qu’ils sont la pour nous. Leurs encouragements tombent à pic. Car même si on a l’air d’avoir bonne mine, les 50 1er kilomètres, mais surtout les 1er 4.000 m D+, ont fait des dégâts. On s’en rendra compte plus tard, mais le contact avec notre équipe est une vraie bouée de sauvetage dans cette galère. Le petit poste de Bonne est très sympathique et très animés. La nourriture est plutôt bonne ; il faut dire qu’au début, ca va, mais tous les autres postes seront identiques. En tout cas, on se refait une santé et on repart pour la nuit dans de bonnes conditions.

Le passage du barrage et la remontée vers le col Fenetre (2.854m) se passe plutôt bien. Mais le froid commence à s’installer. On est passé en négatif depuis le refuge et le vent vient sérieusement compliquer la progression. Le ressenti est autours de -10°, il est 3h du matin et les organismes commencent à peser. La descente est plutot une formalité mais à Notre dame de Rhemes, nous décidons de nous arrêter. 2 heures de sommeil pour laisser passer la fin de la nuit, les températures extrêmement froides. Apres un bon petit dej, on prévient Antho et Alan, que nous sommes restés nous reposer à Rheme et que nous arriverons à Eaux Rousse et Cognes bien plus tardivement.

A ce moment la, nous sommes sur le passage du col Entrelor. Très Raide, trop peut être. C’est un plus de 3 .000 m et nous devons enchainer après Eaux rousses le Col Loson, un 3.300 m. Nous sommes très, très loin de nos ambitions. Après quelques échanges, nous décidons de changer de stratégie de course. Fini le planning établi. On ne fait plus une course pour faire le temps de 110h, mais une rando (rythmée) pour terminer cette aventure. Des lors, on monte à une cadence très lente pour descendre sur nos rythmes habituels. Notre physionomie de course change du tout au tout. La perception de cette aventure aussi. Je suis personnellement un peu frustré, mais finalement, cette sage décision sera digérée rapidement. D’autant que durant cette 1ere partie de l’épreuve, c’est moi qui ait moins bien encaissé le choc. Grande descente, et tres long morceau de route pas trop interessant.

Nous arrivons à Cogne, 106 km, 2e base vie plutôt dans de bonnes conditions. Revoir notre équipe de choc est toujours un grand bonheur. On a la sensation de ne pas être coupé du monde avec eux. La base vie au centre du village est très animée, il fait bon car c’est chauffé. Dehors la température est assez fraiche encore 6°. Petite douche, changement de vêtements, les sacs sont déjà prêt avec les ravitaillements, eaux, batteries et autres ustensiles dont je suis incapable de me rappeler. Tout ce que je sais, c’est que j’ai une confiance aveugle dans leurs préparations et que nous pouvons avancer les yeux fermés. Andrea a des échauffements aux pieds. Elle profite pour faire un soin, pendant ce temps, je m’allonge sur un banc pour fermer un peu les yeux. Il faut reprendre des forces car la section de 50 km qui nous attend semble simple sur le papier. Une seule ascension pour le fenêtre du Champorcher ( 2.827m), et une descente de 31 km. En fait, il y a beaucoup plus. La montée sur notre nouveau rythme se passe beaucoup mieux. On dépense beaucoup moins d’énergie, mais par contre on avance moins vite. La nuit tombe et on se retrouve de nouveau dans des températures négatives avec un vent épouvantable. Le passage du col est un des pires car nous sommes exposés au vent tout le long. C’est très difficile de maintenir notre température. Il faut courir dans la descente. Mais du coup, on se sent dans notre élément. On reprend pas mal de concurrent qui ne courent pas. Après le refuge, la descente devient particulièrement technique avec beaucoup de marche, pierres pas trop stable. Il faut faire très attention surtout la nuit avec cette fatigue. Mais au moins la température est remontée. On s’arrête à Pont Bosset pour dormir un peu et reposer les articulations qui ont souffert dans cette interminable descente. Mais il n’y a pas de lit. L’organisation nous propose des chaises longues. Pas génial, mais à défaut, ca fera l’affaire. C’est déjà mieux qu’un coin de table. Après cette petite pause, on reprend notre descente en courant tranquillement. On reprend ceux qui nous avaient passé pendant notre sommeil. La température est très douce maintenant et un tee-shirt suffit. Il est vrai que l’arrivée sur Donas est à 330 m d’altitude. J’appelle Alan vers 7 heures en leur disant que nous étions arrivés. Il ne s’attendait pas à nous voir arriver si tôt, car selon le planning initial, nous avions perdu 4h et avec 2 h de sommeil en plus, nous ne devions pas arriver avant 13h.

Malheureusement pour eux, je me suis trompé. Donas était encore à 5 km de la. Le TOR nous a fait passé dans les petits villages environnants. C’est joli, mais quand on n’aime pas le bitume, cette section est beaucoup trop longue.

La base vie de Donas est certainement la plus grosse de l’organisation. Elle est située à 150 km du départ. Elle constitue aussi un des points de concentration des abandons, comme peu l’être Cilaos à la Diagonale des fous. Nous étions déjà reposé dans la nuit avec 1h de sommeil, du coup, nous avons décidé de juste prendre douche et changement de vêtement, mais aussi un petit massage pour Andrea. J’ai personnellement pris le temps de bien me restaurer. A ce sujet, il est très important de manger en 1er lors d’un arrêt long. Cela permet à l’estomac de commencer sa digestion et de repartir en ayant déjà accompli une partie du cycle de digestion. Cette remarque est faite pour Andrea, car elle était pas trop bien pour avaler un vrai repas. Elle n’a pu manger correctement et est reparti sans un quota minimal de calorie. Elle va le payer quelques heures plus tard.

Un petit mot sur l’organisation ; Connaissant un peu le monde de l’organisation d’un trail, il faut donner un vrai coup de chapeau pour l’organisation de ce TOR. Car avec autant de base vie, autant de refuge et bivouac de contrôle/sécurité. La mauvaise note est pour certains organisateurs qui sous prétexte d’une petite autorité, ont fait un peu d’excès de zèle en empêchant les assistances de prendre les sacs de ravitaillement à notre place, surveillant qu’un seul assistant ne s’occupe que d’un concurrent ou bien faire sortir tous les matériels obligatoires pour contrôle. Dans la mesure ou il s’agit du règlement, on s’y plie. Mais quand on est à 200 places du podium, je ne vois franchement pas l’intérêt d’une telle rigueur, d’autant que la majorité d’entre eux sont plutôt conciliants.

Revenons à la course

Nous quittons Donas, requinqué, prêt à en découdre avec le reste du parcours. Nous partons prudemment en marchant sur environ 5 km dans le petit village de Donas. Bitume et Pavé. Pas génial mais il fait beau, et plutôt chaud. Nous avons rejoint un groupe qui avance bien. On avance ensemble sur un bon rythme et le contrôle de Perloz arrive rapidement. On vise maintenant La sassa qui devrait être sur les même base horaires que le précédent ravito. Seulement, ca coince. Andrea qui ne s’est pas bien restauré 3h plus tôt le paye maintenant. Une belle hypoglycémie qui va nous mettre au ralenti sur près de 4h. La Sassa arrive mais Andrea n’est pas au mieux. Dans ce cas, il n’y a rien a faire que d’accepter de laisser passer la montre. Notre assistance est au rendez-vous. Ils nous remontent le moral d’Andrea avec une glace, un sandwich. Un petit massage pour la forme. Mais il faut repartir et manger notre pain noir. Autant dire qu’on avance très doucement. Mais ce n’est pas grave, car on avance.

On atteint finalement le refuge Coda après une ascension compliquée. Il fait très froid à cause du vent. Les échauffements aux pieds d’Andrea se sont transformés en ampoule « 150 watts ». Il a fallu percer pour enlever la tension. Malheureusement, il n’y a pas de médecin dans les refuges. J’ai fait ca moi même en espérant que cela tienne jusqu’à la prochaine base vie. La descente jusqu’au lac artificiel se passe très bien, l’hypo est maintenant de l’histoire ancienne. La remontée jusqu’au refuge brama, par contre, montre que nous sommes maintenant très fatigué. Il n’y a que 700 m, mais le rythme est de plus en plus lent. Le manque de sommeil pèse sur nos organismes. Finalement la nuit arrivant, nous décidons de rester 1 h pour nous reposer. Ce poste est immense. Les chambres pour y dormir sont très confortables. Malheureusement, le lit qui m’est assigné se trouve juste sur la porte d’entrée. Les aller-retours permanents font claquer la porte. Donc pas moyen de dormir. Une petite soupe pour avoir le ventre chaud et plein et ca repart. Il fait très froid et cette partie est une piste carrossable pas difficile, mais très longue. En étant sur les crêtes, le paysage sur la plaine de Turin est grandiose. Cette zone industrielle s’étend sur des dizaines de kilomètres. Cette plaine de lumière nous rappelle à quel point nous sommes hauts dans ces montagnes. Au cours de la nuit, notre rythme commence à revenir, c’est plutôt encourageant. Il faut profiter de ces moments ou on se sent bien, car non seulement le temps passe vite, mais les kilomètres défilent. Cependant, le chemin assez roulant laisse place à une série de pierriers ou il est difficile de progresser. Il n’est pas facile de trouver les marques. Les petits drapeaux du TOR sont quasi inexistants, mais on voit assez bien les traces de peinture. Cette section est une succession de montée et descente d’environ 500m D+. Au milieu d’une vallée, un poste de contrôle nous offre un repas très inattendu et particulièrement réconfortant ; Il y avait des saucisses et pomme de terre cuite au BBQ. Il y avait même des truites que les contrôleurs avaient péchés dans le petit lac en contre-bas. On est ressourcé pres à repartir dans nos gros blocs. Mais, nous arrivons enfin au dernier col avant Niel et on se dit qu’il ne nous reste plus que la descente jusqu’à Niel. En fait, nous avons vite déchanté. Cette descente nous fait faire le tour complet de la montagne autours de Niel. Cette arrivée était épuisante et le sommeil pèse de nouveau sur ma condition physique. Une fois arrivée au Ravito, on a cherché à se reposer. Mais il n’y avait qu’une seule place pour dormir dans les tentes. Andrea se sacrifie pour me laisser cette place et reste dormir accoudée sur une table. Je suis tellement épuisé que je ne résiste pas à cette gentille proposition. J’ai un peu de remord au réveil, 1h plus tard. On repart au petit matin. Il ne nous reste qu’un col à 800 m et une 12e de kilomètres pour arriver à la base vie. On a besoin de retrouver non seulement le soleil, mais aussi du réconfort. Savoir que nous sommes toujours sur le bon chemin et que nous allons au bout de cette aventure. Cette nuit nous a mis la tète à l’envers.

 

L’arrivée a la base vie de Gressoney est une bouffée d’oxygène. « Ils » sont la et nous prennent en charge rapidement. Douche et mise à jour des informations sur la course et sur ce qu’il nous reste à faire. L’appétit n’est pas au rendez-vous mais il faut se forcer. Sans calorie, il ne nous sera pas possible d’aller plus loin. On prend notre temps, douche, massage, soin des pieds pour Andrea. Nous sommes au coeur d’une petite station de ski c’est charmant et l’accueil est amical. Le moral revient car la section jusqu’à la prochaine base vie, Valtournenche, est beaucoup plus court. « Seulement » 2 cols de 1.300 m D+ pour 34 km. Nous voilà repartis vers notre prochain défi ; Le col Pinter. Jusqu’au refuge, aucun soucis. On longe un petit sentier bordé de sapin. Malgré le soleil, il fait frais. C’est très agréable. Mais juste après, on passe par une piste de ski sans lacets. Autant dire qu’il y a de la pente. C’est beaucoup moins plaisant et le rythme n’est pas tres soutenu. La fin du col est moins raide. C’est sans doute le seul col dans cette configuration. La redescente est complexe dans les 1er mètres, mais on peut défouler les jambes dans ces plaines qui s’apparente à des pistes de ski. On arrive à une petite station de Ski « Champoluc » accueilli dans un magnifique petit resto de montagne. Ce refuge est mon coup de cœur de ce TOR. On y trouve des jus frais, des gâteaux, mais aussi la nourriture habituelle. Cette station surplombe le village ou se trouve le gros ravito. C’est en haut du téléphérique et à une 30e de minute en marchant assez vite. Mais comme d’habitude il faudra remonter tout le village pour arriver au ravito. Encore un col et c’est Valtournenche la base vie ou nous envisageons un break assez long. Nous sommes à 220 km du départ. Cela représente un kilométrage que nous n’avons jamais fait depuis. Nous constatons que nos jambes nous portent plutôt bien dans les descentes et le plat, mais sont très fatiguées dans les montées. Mais la satisfaction c’est que chaque pas est un nouveau record.

La satisfaction est de courte durée car la section qui suit semble assez simple sur le papier, mais TERRIBLE dans la réalité. Les 34 km qui doivent nous mener à Oyace se transforme en un veritable enfer car la pluie a fait son apparition. Le vent et le froid compliquent sérieusement notre progression. La fatigue en plus, vous imaginez le cocktail ! Le début de la progression est assez tranquille avec une pente assez linéaire. La nuit est douce, mais des la sortie du barrage et l’élévation de la l’altitude nous sommes de nouveau exposé au vent glacial. Nous nous arrétons à une petit refuge dont je ne retrouve plus le nom. C’est tout petit et l’hospitalité des controleurs nous réchauffe. Ils nous proposent même leur cuisine dotée de 2 lits pico pour dormir un peu. Ca tombe bien, cela permet de finir la nuit et ces températures très très froides.

Avant le refuge, nous commencions à croiser les concurrents du TOTDRET. Ils sont partis de Gressoney. Cette course a l’air très intense. A part, les 30 1er, le rythme est plutôt lent, il faut dire que le dénivelé ne permet pas trop les « excès » de vitesses. 130 km pour 12.000 mD+. C’est le parcours commun avec le TOR que empruntons.

La montée vers Cuney se fait sous la tempête. J’en ai plus que marre de ces conditions et de la fatigue. Andrea souhaite s’arrêter, mais je sais que si on commence a se poser, on va rester au moins 1 heure. Et remettre des vêtements mouillés pour repartir dans le froid est très mauvais pour le moral. Donc je force un peu la main pour sortir de la au plus vite. La redescente vers Oyace est interminable. Heureusement, il ne pleut plus. La température commence à devenir supportable. C’est le moment ou arrive les hallucinations. Andréa voit parking et voiture, mais rien. On est encore à au moins 5 km de la civilisation. Pour ma part, j’entend une autoroute avec des camions et voitures, mais ce n’est qu’un ruisseau à proximité. On a l’habitude de ce genre de réaction du cerveau, donc on y prête pas attention. Simplement, on se rassure l’un l’autre qu’il n’y a rien en vue encore et qu’il faut avance. Au ravito à on ne traine pas. On est content de retrouver Antho et Alan qui nous remonte le moral. Il faut dire que repartir pour une nuit encore ne nous enchante pas. On se dit qu’il n’y a que 12 km et 1.000 D+. Le rythme que nous trouvons depuis plusieurs jours n’est certes pas rapide, mais il permet d’avancer assez bien. La montée est assez régulière ce qui est bon pour le rythme, sauf sur la fin, ou la section est très raide. Mais la satisfaction d’en terminer est plus forte que les douleurs ressenties. On se prend même à courir en voyant Ollomont en contre bas, 1.000 m plus bas. Autant dire que la base vie est longue à venir.

 

On arrive en début de nuit à Ollomont accueilli par nos bons samaritains. Ils ne se rendent pas compte à quel point leur présence est nécessaire. Comme à leur habitude, ils nous prennent en charge avec une telle efficacité. Le programme était une heure de sommeil et pas de douche. Changement de vêtements (chaud pour la nuit car on annonce du négatif encore). Un bon repas, c’est reparti. Ils nous mettent en route sans qu’on prenne vraiment de directive de notre coté.

Le programme de la section suivant se décompose en un col de 1.300 m D+ et la redescente puis un long plat de 10 km. On est prêt, on démarre comme à notre habitude. Très tranquille dans la montée jusqu’au refuge Champillon. Une petite pause avec un café pour finir les 400 m jusqu’au Col. La température annoncé est -5° à -6° avec du vent. Ca ne donne pas trop envie de remettre le nez dehors. On y retourne pourtant sans rechigner. Le Col arrive enfin et nous entamons une descente rapide jusqu’au refuge que nous atteignons au petit matin. Andrea doit dormir un peu 30 mn. Le petit refuge est plutôt douillé mais pas de quoi s’allonger. Un banc fera l’affaire pour Andrea. Moi, j’attends. Dehors, la température a chuté à -2 ° pourtant, à 2.000m. Après ce sommeil réparateur, nous repartons en petite foulée pour finir cette longue section de plat et la descente vers St Rémy en Bosse. Je suis certains que cette section fait plus de 10km, car nous avons couru une grande partie et nous avons mis plus de 2h. Une fois à ce petit village, il me faut une pause à mon tour. Je dors accoudé sur la table pour ½ h . Mange un plat de patte pour attaquer la dernière partie. Frassati et Malatra. Le moral revient car le soleil est de nouveau au rendez-vous. Nous sommes quasi au bout, « normalement » nous avons passé la dernière nuit dehors. Avant Frassati, mes intestins manifestent un peu lourdement. Je ne sais pas si c’est du à un excès de Fontina, mais ca devient compliqué. Je lâche Andréa voyant que le refuge est à environ 1km et j’active la pas. Malheureusement, des randonneurs me disent que ce n’est qu’une grange avec du bétail. Je retraverse presque ce coté de la vallée pour me trouver un coin à l’abri des regards. Une marmotte va certainement m’en vouloir, mais dans la précipitation, je n’ai pas vu que j’etais sur son palier 🙂

Enfin arrivé à Frassati, on sait qu’il nous reste vraiment que les 500 m D+ du Malatra et le « TOR » est joué ! à midi le soleil a fait fondre la glace, donc pas besoin de sortir nos crampons. Cette partie se termine par quelques marches métalliques et une main courante qu’il vaut mieux bien agripper. Cela se passe sans encombre et la sensation de passer ce col est comme une délivrance. C’est bientôt la fin. Nous sommes plutôt bien et commençons à courir. On rattrape une 30 e de participant dans la descente jusqu’au contrôle malatra. C’est l’euphorie. Je pense que ce manque de lucidité a été très stupide car le genou d’Andrea commence à grincer. Et finalement, 1 km plus tard, plus moyen de poser le pied. On s’arrête, je prend de l’Elastoplast pour un strapping de fortune. Mais rien y fait. Je préviens Antho et Alan que nous avons un pépin qui va compliquer la fin de notre course. 10 km à faire sur un pied est quasi impossible. Pourtant nous sommes juste au dessus de Courmayeur. On parvient tout de même à rejoindre le refuge Bertone. Mais la, pas de matériel médical, ni de médecin, ni médoc. Donc, on donne à Andrea un Anti inflammatoire. J’appelle de nouveau notre équipe de choc en expliquant le drame de la situation ; rien à faire dans immobiliser l’articulation du genou. Il reste 800 m à descendre … sur 1 pied. Et vu la fatigue, c’est impossible. Ils récupèrent la trousse de secours et les médocs et décident de monter nous rejoindre pour trouver une solution. Après 1/2h, ils arrivent. Andrea a pu se reposer un peu et se réchauffer. On redonne un anti inflammatoire à Andrea et on lui fait un strapping plus sérieux de sorte à immobiliser cette jambe. Après cette réparation de fortune, nous entamons 3 h de descente dans la douleur. Cette descente va sceller définitivement le lien très fort que nous avons échangé avec nos enfants. On a su que nous pouvions compter sur eux pour cette aventure, mais on n’imaginait pas à quel point, ils nous ont été si indispensables. Ils ont été la, non seulement pour assurer sécurité, mais aussi maintenir le lien permanent avec le reste de la famille et les amis proches. Ce soutien nous a accompagné tout au long de ces kilomètres et de manière plus présente dans ces 4 derniers kilomètres.

 

Nous arrivons enfin sur cette ligne d’arrivée que nous vu dans tellement de blog et partage d’image de finishers. Nous attendions ce moment depuis même avant le départ. On s’était imaginé danser une Afindrafindrao pour sur cette ligne d’arrivée pour rappeler notre origine. Bon c’était moins glorieux que prévu, mais nous ne changerons par rien au monde ces dernières heures scellées dans la souffrance et le bonheur d’être ensemble.

On voulait être des géants ; mais la réalité du terrain a fait que VOUS AVEZ FAIT DE NOUS DES GEANTS.

On vous aime

 

Concernant les kilometrages et les dénivelés, l’organisation a modifié au final à 339 km pour 31.000 m D+

Quand on aime, on ne compte plus 🙂

 

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